De la part de NACM la prise en charge des enfants

22 jan, 2019

La semaine dernière, beaucoup d’attention a été accordée à un article et à une vidéo devenue virale montrant des agents du Manitoba retirant un nouveau-né de sa mère autochtone à l’hôpital. La vidéo a été enregistrée par un membre de la famille et diffusée en direct sur Facebook. Le contenu a été très difficile à regarder pour chacune d’entre nous.

Nous avons senti qu’il était important de bien mettre en contexte la vidéo et l’article. Le texte qui suit est la réponse des coprésidentes du National Aboriginal Council of Midwives (NACM) et de la présidente de l’ACSF.

L’article Globe & Mail


De la part du NACM

Au NACM, nous savons que le système actuel de prise en charge des nouveau-nés à la naissance afin d’assurer leur santé et leur sécurité ne devrait se produire que dans des situations extrêmes et qu’en tant que solution à court terme. Cependant, dans notre système colonial actuel, le retrait des nouveau-nés autochtones à la naissance fait partie du problème et ne constitue pas une solution à long terme pour assurer la santé et la sécurité des nourrissons, des enfants et des familles autochtones. Nous devons trouver de meilleures réponses pour être en mesure de soutenir et guérir nos communautés et protéger nos enfants.

La prise en charge des enfants doit être comprise en lien avec le legs de la colonisation, des pensionnats, de la rafle des années 60, d’une société qui ne peut s’attaquer efficacement à la toxicomanie et à la santé mentale, au racisme systémique, aux préjugés raciaux et à la colonisation qui perdure. La prise en charge des enfants autochtones perpétue cet héritage colonial. Ce sont des paroles dures, mais le traumatisme causé par la prise en charge d’un enfant dans le but de rompre le lien mère-enfant est un traumatisme qui se transmet de génération en génération. En tant qu’Autochtones, nous cherchons à reconstruire nos familles et nos communautés, à revitaliser notre culture et à combattre pour que nos valeurs soient rétablies dans la société.

La pratique sage-femme autochtone fait partie de la solution à ces problématiques complexes aux multiples facettes. Nous savons que les sages-femmes favorisent de meilleures grossesses, de meilleurs accouchements et de meilleures enfances pour tous les peuples et toutes les communautés. Pour réellement faire face au racisme systémique, nous devons reconnaître le rôle du colonialisme dans l’érosion des structures sociales autochtones traditionnelles. Il existe peu de politiques qui protègent ou reflètent réellement les visions du monde autochtones, et encore moins qui servent au mieux les intérêts des peuples autochtones en ce qui concerne leur santé. C’est à cet égard que la pratique sage-femme autochtone est si puissante, car elle permet de nouer des relations, de comprendre les responsabilités et de restaurer les liens. Une sage-femme travaille toujours en collaboration avec d’autres professionnels de façon proactive pour s’assurer que le soutien nécessaire soit en place pour prévenir les prises en charge ou intervenir lorsqu’elles surviennent. Les sages-femmes autochtones ont un rôle à jouer dans la revitalisation de notre culture et la protection de nos enfants et de nos familles. Cependant, notre profession et notre rôle dans les collectivités ont été jusqu’à tout récemment ignorés par les dirigeants du Canada. Nous continuerons toujours à défendre les droits de nos nouveau-nés, de nos enfants et de nos parents et à veiller à ce que nos familles et nos communautés demeurent intactes.

Nos cœurs sont en peine pour cette famille et pour les bien trop nombreuses autres familles qui sont dans la même situation. En tant que sages-femmes autochtones, nous continuerons à tendre vers de meilleurs moyens d’assurer des milieux sûrs où les mères et les enfants peuvent commencer leur vie ensemble de la meilleure façon qui soit, nourris et entourés par la force de nos familles et de nos communautés.

Chi Meegwetch / Anushiik / Merci

All my relations

Carol Couchie, Nishnawbe kwe, coprésidente du NACM

Claire Dion Fletcher, Potawatomi‑Lenape, coprésidente du NACM

Nathalie Pambrun, Métis, présidente de l’ACSF

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