Du 14 au 18 juin, le 34e Congrès triennal de la Confédération internationale des sages-femmes (ICM) a réuni à Lisbonne, au Portugal, des sages-femmes, des associations, des membres des milieux de l’enseignement et de la recherche, des partenaires et des personnes engagées dans la défense des droits, venus du monde entier, autour du thème Un million de sages-femmes de plus.
Pour l’Association canadienne des sages-femmes (ACSF) et la délégation canadienne de sages-femmes, le Congrès a été une occasion importante de tisser des liens avec la communauté internationale des sages-femmes, d’échanger des points de vue, d’apprendre auprès de collègues de différentes régions et de réfléchir à l’avenir de la profession. Le Congrès a aussi soulevé des questions urgentes sur la gouvernance et la reddition de comptes et, surtout, sur l’autodétermination des peuples autochtones et la place accordée à leurs savoirs dans les espaces internationaux consacrés à la pratique sage-femme.
Voici six grandes réflexions qui se dégagent de l’ICM 2026 :
1. La pratique sage-femme autochtone est devenue l’un des enjeux centraux du Congrès

L’un des moments les plus forts et les plus marquants de l’ICM 2026 a été la réaction des sages-femmes autochtones et des personnes alliées à la façon dont l’ICM a traité la pratique sage-femme autochtone, notamment par la suspension temporaire de l’Énoncé de position de l’ICM sur le partenariat entre les sages-femmes autochtones et non autochtones.
Les événements du récent Congrès de l’ICM ont révélé non seulement un désaccord sur les mots, mais aussi une profonde crise de confiance. En réponse, le Conseil national des sages-femmes autochtones (NCIM) et l’ACSF ont publié une déclaration conjointe rejetant la manière dont l’ICM présente la pratique sage-femme autochtone, en la réduisant à une question de terminologie et de normes professionnelles. La déclaration souligne clairement que les préoccupations soulevées par les sages-femmes autochtones portent depuis toujours sur l’autodétermination des peuples autochtones, leur gouvernance ainsi que la reconnaissance de multiples systèmes de savoir et de reddition de comptes. Le CNSFA et l’ACSF refusent le faux dilemme entre les compétences cliniques et les systèmes de savoir autochtones. Les sages-femmes autochtones ont toujours intégré ces deux dimensions dans leur pratique.
2. Le besoin de sages-femmes est urgent à l’échelle mondiale, et la nécessité d’investir est claire

Le thème Un million de sages-femmes de plus résumait le message central du Congrès : le monde a besoin de davantage de sages-femmes, et celles-ci doivent être bien formées, soutenues, dotées des ressources nécessaires, respectées et pleinement intégrées aux systèmes de santé. Tout au long des séances et des échanges, un constat s’est imposé : les sages-femmes sont essentielles à l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive ainsi que de la santé des mères, des nouveau-nés, des adolescentes et des adolescents. Elles sont aussi au cœur de systèmes de santé plus solides et plus équitables. Le défi consiste à créer les conditions qui leur permettent d’exercer en toute sécurité, de manière durable et dans toute l’étendue de leur champ de pratique. Qu’il s’agisse de réclamer un meilleur accès aux soins de sage-femme, une planification plus solide des effectifs ou des investissements continus dans la formation des sages-femmes, le Congrès a réaffirmé que celles-ci doivent être au centre de la transformation des systèmes de santé.
3. L’ICM demeure un espace important de rencontre et d’échange de connaissances à l’échelle mondiale

Le Congrès a réuni des sages-femmes de nombreux pays, travaillant dans des contextes, des langues et des systèmes de soins différents, et a rappelé l’importance et la valeur des rencontres en personne. L’ICM 2026 a offert un espace à la recherche, à la formation, au perfectionnement professionnel, au dialogue sur les politiques, à la défense des droits et à la création de liens. Les sages-femmes ont pu apprendre les unes des autres et constater qu’il est possible de faire face ensemble à des défis communs comme les pénuries de personnel, l’épuisement professionnel, le sous-financement, la réglementation, les inégalités et l’accès aux soins. Pour les sages-femmes canadiennes, le Congrès a aussi rappelé que bon nombre de nos discussions nationales se déroulent également à l’échelle mondiale. Partout dans la profession, on débat de la reconnaissance, de la rémunération, des parcours de formation, de la sécurité du point de vue culturel, du champ de pratique et du leadership des sages-femmes.
4. ACSF Apprends a offert un exemple concret du soutien que les associations peuvent apporter aux sages-femmes

L’une des contributions visibles de l’ACSF au Congrès était le kiosque CAM Learns, qui a permis de présenter aux congressistes la plateforme de formation continue de l’ACSF ainsi que ses ressources d’apprentissage professionnel.
Le kiosque a permis d’échanger avec des sages-femmes et des partenaires au sujet d’une formation accessible, bilingue (en français et en anglais) et guidée par des principes d’équité. Il a aussi montré comment les associations nationales peuvent soutenir les sages-femmes grâce à des outils pratiques, à des cours, à des ressources et à des possibilités d’apprentissage qui répondent à l’évolution des besoins de la profession. Dans un contexte mondial où les sages-femmes demandent davantage de soutien, une meilleure formation et des structures professionnelles plus solides, CAM Learns a offert un exemple utile de la façon dont les associations peuvent contribuer à renforcer la profession de manière concrète, accessible et durable.
5. La pratique sage-femme : à la fois une profession et un mouvement

L’ICM 2026 a clairement montré que la pratique sage-femme est un mouvement mondial. Des réunions du Conseil aux séances plénières, des présentations de recherche aux marches publiques, le Congrès a illustré toute l’ampleur de la communauté mondiale des sages-femmes. Nous sommes des éducatrices, des défenseures des droits, des leaders, des chercheuses, des organisatrices et des bâtisseuses de communautés. Les sages-femmes font progresser la justice reproductive, la santé publique, l’égalité des genres, la sécurité culturelle et le droit de chaque personne à recevoir des soins respectueux. Cela nous rappelle que notre travail collectif vise à faire avancer une vision des soins ancrée dans les communautés, fondée sur des données probantes, équitable et respectueuse.
6. L’avenir de la pratique sage-femme doit reposer sur la responsabilité et la reddition de comptes

L’objectif d’Un million de sages-femmes de plus est urgent et nécessaire. Mais l’ICM 2026 nous a aussi rappelé que les chiffres ne suffisent pas. L’avenir de la pratique sage-femme doit se construire en tenant compte du pouvoir, de la gouvernance, de la représentation et de la confiance. Il doit accorder une place réelle au leadership autochtone. Il doit reconnaître différents systèmes de savoir et de reddition de comptes. Il doit faire en sorte que les sages-femmes ne soient pas seulement invitées dans les espaces internationaux , mais qu’elles puissent aussi façonner les décisions qui les touchent, elles et leurs communautés.
Le Congrès a été à la fois mobilisateur et révélateur de réalités préoccupantes. Il a célébré la force du mouvement mondial des sages-femmes, tout en mettant en lumière le travail qu’il reste à accomplir pour que les institutions multilaterales soient transparentes, responsables et à l’écoute des communautés qu’elles représentent.

Nous retenons l’énergie créée par ces liens mondiaux, l’urgence d’investir dans les sages-femmes et la responsabilité de soutenir l’autodétermination des peuples autochtones, l’équité et la reddition de comptes dans l’avenir de la profession. Un million de sages-femmes de plus est un objectif important. Les questions qui se posent maintenant sont les suivantes : comment bâtir cet avenir, et qui aura le pouvoir de le façonner?




