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Une main-d’œuvre sage-femme florissante mène à des systèmes de santé plus forts

CJ Blennerhassett, RM, MHA, CHE 

Le 5 mai 2026  Le système de santé canadien est sous pression. Partout au pays, des personnes peinent à accéder aux soins, les professionnelles et professionnels de la santé s’épuisent, et les hôpitaux fonctionnent au-delà de leur capacité. Ces défis sont liés : obstacles à l’accès, pénuries de main-d’œuvre, iniquités et un système encore trop axé sur la réaction à la maladie plutôt que sur l’investissement dans des soins qui gardent les gens en santé. 

Si le gouvernement fédéral prend au sérieux la réforme du système de santé, il doit investir dans des modèles de soins qui élargissent l’accès, soutiennent la main-d’œuvre, font progresser l’équité et réduisent la pression sur les hôpitaux. 

Les sages-femmes répondent à ces quatre objectifs. 

Depuis 25 ans, l’Association canadienne des sages-femmes soutient le développement de la pratique sage-femme comme profession réglementée et financée par les fonds publics. Aujourd’hui, les sages-femmes sont des prestataires de soins primaires qui offrent des soins complets pendant la grossesse, le travail, l’accouchement et la période postpartum, dans les hôpitaux, les cliniques, les domiciles, les maisons de naissance et les communautés partout au pays.[1][2][3] 

Les données probantes sont claires : les soins prodigués par les sages-femmes améliorent l’expérience des personnes qu’elles prennent en charge, offrent des résutats sûrs et de grande qualité, et réduisent la pression sur les hôpitaux en fournissant les bons soins, au bon endroit et au bon moment.[4][5] 

Pourtant, l’accès demeure inégal. 

Au Canada, votre lieu de résidence détermine encore si vous pouvez ou non avoir accès à des soins offerts par des sages-femmes.[1][2] 

Ce n’est pas parce que la demande est insuffisante. C’est parce que les investissements le sont. 

Le Canada ne compte pas suffisamment de sages-femmes pour répondre aux besoins de sa population. Les places de formation restent limitées, la rétention est compromise par des conditions de travail non viables et, trop souvent, les sages-femmes sont exclues des lieux de leadership et des tables décisionnelles où se conçoit le système de santé.[6][7][8] 

Autrement dit, le Canada n’a pas créé les conditions nécessaires pour que les sages-femmes puissent rester, diriger et s’épanouir. 

Les sages-femmes canadiennes sont sous-utilisées. Par conséquent, le Canada laisse de côté une solution qui a fait ses preuves. 

À un moment où les gouvernements cherchent à améliorer la capacité du système, la pratique sage-femme offre un modèle de soins éprouvé et rentable qui répond directement à ces objectifs.[5][9] 

Les soins offerts par les sages-femmes sont ancrés dans les communautés, fondés sur la relation personnalisée et axés sur la prévention et la continuité. Ils sont conçus pour garder les personnes en santé, réduire les interventions inutiles et veiller à ce que les ressources hospitalières soient utilisées de façon appropriée.[4][5] 

Un récent sondage a montré que 85 % des Canadiennes et Canadiens ont une impression positive des sages-femmes, que 73 % estiment que les sages-femmes jouent un rôle important dans le système de santé, et que 65 % estiment qu’il est plus important que jamais d’augmenter le nombre de sages-femmes, compte tenu des pressions qui s’exercent sur le système de santé.[10] 

Ces soins correspondent également au type de soins que les Canadiennes et Canadiens demandent : des soins qui sont prodigués sans précipitation, bâtissent la confiance et soutiennent une prise de décision éclairée. 

Mais pour mettre ce modèle à l’échelle, il faut agir délibérément. 

Le gouvernement fédéral a un rôle essentiel à jouer dans le renforcement de la main-d’œuvre en santé au Canada. Cela comprend des investissements ciblés dans l’éducation et la formation, un soutien à la mobilité de la main-d’œuvre, ainsi que des approches pancanadiennes en matière de données, de planification et de rétention.[9][11][12] 

La pratique sage-femme doit faire partie de cette stratégie. Cela signifie qu’il faut l’inclure explicitement dans les investissements fédéraux liés à la main-d’œuvre en santé, les stratégies de données et les accords de financement avec les provinces et les territoires. 

Investir dans la pratique sage-femme ne signifie pas créer un système parallèle. Il s’agit de renforcer le système que nous avons déjà en veillant à ce que les sages-femmes soient pleinement intégrées aux équipes interdisciplinaires et reconnues comme des contributrices essentielles à la performance du système de santé. 

C’est aussi une occasion de faire progresser l’équité. Les modèles de soins sages-femmes sont bien positionnés pour améliorer l’accès à des services essentiels dans les communautés rurales, éloignées et mal desservies, ainsi que pour soutenir des approches de soins dirigées par les Autochtones, ancrées dans les cultures et portées par les communautés.[13][14] 

Après 25 ans, la pratique sage-femme au Canada n’est plus nouvelle ni marginale. Elle est établie, éprouvée et digne de confiance. 

Et ces 25 années nous ont appris ceci : une main-d’œuvre sage-femme florissante mène à des systèmes de santé plus forts. 

Le Canada ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière de main-d’œuvre en santé et d’accès aux soins sans utiliser pleinement les compétences des sages-femmes. 

La question n’est plus de savoir si les sages-femmes comptent. 

La question est de savoir si le Canada est prêt à investir dans les conditions qui leur permettront de réussir. 

Si Ottawa prend au sérieux la construction d’un système de santé plus accessible, durable et résilient, il ne peut plus se permettre de négliger le rôle des sages-femmes.